Danses et rituels

Nous constatons que nos sociétés, comme nos corps,  peuvent se transformer et se fermer insidieusement, de micro-gestes en micro-gestes, sans que nous ne nous en rendions vraiment compte (incivilités, sentiment d’exclusion, repli sur soi, discours favorisant la séparation).

Nous sommes convaincus que ces mêmes sociétés, ces mêmes corps, ont la possibilité de s’ouvrir de la même manière, de micro-gestes en micro-gestes, et ainsi d’opérer les changements nécessaires pour renforcer le lien social, avec des pratiques collectives et participatives, renforcer sa capacité d’attention au geste ou au corps, mais aussi à la présence à soi et à sa pensée, à l’écoute et l’échange avec l’autre, cultiver sa capacité d’étonnement et d’émerveillement.

Alors, par la pratique du geste, de son élan qui le meut, par le fait que le corps retrouve son aisance de mouvement, donc sa liberté, il devient unique, singulier, et universel. Il signe la rencontre de soi avec un autre. Cette rencontre s’effectue dans un même espace de présence partagée : espace que nous n’avons pas à traverser, mais qui nous enveloppe tous.

C’est tout cela qui se nourrit de la danse, et que la danse nourrit.

Cette façon d’être à l’écoute de nous-mêmes, en vue d’un « plus grand que soi », c’est ce que nous appelons rituel.

 » C’est ainsi que notre démarche d’artistes contemporains nous fait cheminer sur cette voie de passage, dans un équilibre, une suspension, entre ce qui se danse, comment cela se danse, et une écoute profonde de l’indicible qui résonne en nous-mêmes, comme dans toute personne.  »   (Sophie Tabakov)

Photo de Mélissa Druet, "Chant VI", Biennale de la danse 2008